Départ de Xavier Emmanuelli, qui démissionne du financement de l’urgence sociale ?

La démission de Xavier Emmanuelli du SAMU Social est une très mauvaise nouvelle.
Son départ révèle au grand jour l’ampleur de la crise qui frappe le secteur de l’hébergement d’urgence mais, plus largement, la diminution des crédits de l’Etat et des collectivités locales vers le secteur social.

La diminution de 25 % des crédits de l’Etat à l’hébergement est certes le fruit d’une nouvelle politique impulsée en 2009, le « Logement d’abord », inspiré d’expériences anglo-saxonnes. Soutenue par la plupart des associations françaises, elle donne la priorité à l’accès au logement des personnes sans domicile, sans passer par la case de l’hébergement d’urgence, effectivement très coûteux.

Mais « le gouvernement met la charrue avant les boeufs », dénoncent à l’unisson les associations: avant de supprimer des places d’hébergement, il faudrait déjà mobiliser suffisamment de logements. Le nombre de personnes sans domicile explose : plus de 680.000 en France en 2010 selon la Fondation Abbé Pierre, dont 133.000 SDF, et 13.000 places d’hébergement manquantes rien qu’en Ile-de-France.

Les 8 % de financements privés du budget du SAMU Social ne pèsent pas bien lourd. Bien que les chiffres du mécénat ne figurent pas dans le rapport annuel, il apparait qu’une vingtaine d’entreprises aient soutenu, pour la plupart ponctuellement, l’organisation en 2009. Les donateurs ne semblent pas s’être bousculés non plus. On peut d’ailleurs s’interroger sur l’existence d’une véritable stratégie de collecte. Quoiqu’il en soit, même si ces ressources privées pourraient croitre, elles n’en resteraient que limitées face aux besoins.

Au delà du SAMU Social, le départ de Xavier Emmanuelli met en lumière la crise qui est encore devant nous quant au financement des besoins grandissants de l’aide sociale, en particulier d’urgence.
Qui démissionne ? La réponse n’est pas si simple. Entre des investissements publics importants, mais lents, dans les logements d’accueil et le nécessaire soutien des ONG sociales, les moyens publics manquent dans tous les cas. Des choix politiques existent mais demeurent limités en période de restriction budgétaire.

L’encouragement du don des particuliers, notamment par un élargissement des avantages fiscaux sur l’ISF, encore réservés aux fondations, vers les associations sociales est une solution mineure parmi d’autres encore à inventer. Reste aussi aux organisations à se poser des questions sur les nouvelles attentes des donateurs, au sens large, et la place plus active à leur accorder en retour. Le mailing de masse et le simple abonnement à la revue mensuelle sont des relations trop minimalistes et trop passives à l’heure des réseaux sociaux et du don fléché.
Les particuliers, voire les entreprises, ne peuvent pas, et surtout ne doivent pas, remplacer l’Etat. Mais la place du « donateur-acteur » et sa reconnaissance dans l’organisation sont aussi à repenser rapidement.

Stéphane Godlewski
Sources AFP, Samu Social

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