Nicolas Sarkozy lancera prochainement sa fondation

   Selon Guy Sorman, Nicolas Sarkozy devait lancer « dans les semaines qui viennent » une fondation. L’idée lui serait venue après avoir « consulté Carter, Clinton », qui ont chacun la leur aux Etats-Unis. Cette fondation interviendrait dans « les grandes affaires internationales pour faire progresser la démocratie, pour faire progresser les droits de l’homme ».

Youphil.com a eu la bonne idée d’interviewer Antoine Vaccaro, président et fondateur du Centre d’étude et recherche sur la philanthropie (Cerphi) pour analyser les enjeux de la création d’une fondation par Nicolas Sarkozy.

Youphil.com: Nicolas Sarkozy va créer une fondation du même type que celles de Bill Clinton et de Jimmy Carter. Comment analyser cette annonce?

Antoine Vacarro: Cela montre que la philanthropie gagne du terrain en France!

En 2000, quand on parlait de philanthropie, on passait pour un ringard. Quand j’ai créé le Cerphi en 2004, on m’a demandé pourquoi je voulais utiliser ce terme. La loi sur le mécénat de 2003 a tout de même été un vrai coup d’accélérateur pour la création de fondations d’entreprise.

Et puis, quand Warren Buffett a annoncé en 2006 qu’il reverserait 85% de sa fortune à des fondations (dont 37 milliards de dollars à la fondation Gates), la philanthropie est sortie de sa boîte.
Un proche de l’ancien président parle d’un genre nouveau en France. Est-ce vraiment le cas?
D’habitude, ce sont les épouses des présidents qui ont des fondations. On peut dire que la Fondation Chirac marque les prémices des fondations d’hommes politiques à l’américaine. Mais elle était beaucoup plus tournée vers les questions sanitaires, écologiques et anthropologiques. De plus, Jacques Chirac accompagne sa fondation, mais ne la dirige pas.
Je pense que Nicolas Sarkozy va être plus actif dans la sienne.
Cette annonce est-elle le symptôme d’un développement de la philanthropie à l’américaine en France?
On n’en est pas encore là. Aux Etats-Unis, ce sont les grands chefs d’entreprises fortunés qui créent leurs fondations. En France, c’est surtout le mécénat d’entreprise qui s’est développé dans les grands groupes, avec donc, des fonds provenant des compagnies elles-mêmes.
Il y a bien sûr quelques exceptions, comme les fondations culturelles de Bernard Arnault ou François Pinault. En France, les Bettencourtreprésentent les philanthropes les importants.
Quel est l’intérêt de créer une fondation privée pour l’ancien président?
Cette fondation va octroyer des fonds de dotation et compléter son financement avec des levées de fonds. Elle va permettre au président de participer à des projets internationaux. Mais financièrement, il n’a pas grand-chose à y gagner. Il apportera plus à sa fondation que le contraire.
Comme les anciens présidents américains, il va utiliser son influence et ses réseaux, pour promouvoir l’action de sa fondation. Les conférences qu’il compte faire dans le monde pourront aussi lui apporter notoriété et financement.

Est-ce une manière efficace de garder une influence, une image?
Oui, une fondation est toujours à la gloire de celui qui la crée. Que restera-t-il de toutes ces grandes fortunes sinon? Par exemple, on se rappelle moins de l’action des Rockefeller dans l’industrie (avec les scandales qu’il y a pu avoir) que de leur fondation.
Aux Etats-Unis, après deux mandats, les présidents ont du mal à exister en dehors de la philanthropie. Cela permet de gagner une forme d’immortalité.
Cette fondation apportera à Nicolas Sarkozy un certain prestige, surtout avec le sujet qu’il a choisi de défendre, la démocratie et les droits de l’Homme dans le monde. Il pourra montrer de quoi il est capable et continuer à exister sur le plan international. Mais je pense qu’il est difficile de revenir à une politique politicienne et française après cela. C’est peut-être une façon pour lui de s’en éloigner définitivement.
Stéphane Godlewski
Source : Youphil.com 

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