Le crowdfinding sera t’il le nouveau mécénat 2.0 de la Culture ?

Un très bon article de l’avocat Olivier Amiel, paru dans Les Echos, met en évidence le potentiel du crowdfunding dans le financement de la Culture et dans le développement d’un mécénat populaire.

« Littéralement, le crowdfunding est le « financement » par la « foule ». Cela consiste à demander la participation de centaines ou de milliers d’internautes au budget de projets de toutes sortes, selon le principe que la multiplication d’apports même modestes peut permettre de lever d’importantes sommes globales. De manière spécifique à la culture, l’autre intérêt du système est de pouvoir se passer de la mainmise des majors du film ou du disque, peu enclines à s’aventurer dans des entreprises artistiques originales, préférant prendre plutôt le risque de développer une culture de masse uniforme et sans audace en sécurisant au maximum leurs investissements.  
C’est peu de dire que le concept plait : le nombre de plateformes de crowdfunding dédiées à la culture s’est multiplié, par exemple aux États-Unis (Kickstarter, Indiegogo, etc.), en Allemagne (Startnext, inkubato, etc.), ou en France (My Major Company, Ulule, etc.). Si on en croit les projections selon lesquelles le crowdfunding dans sa totalité double chaque année : 1,5 milliard de dollars en 2011, 3 milliards en 2012, et probablement 6 milliards en 2013… il devrait pouvoir représenter à l’avenir une source de financement majeure pour les industries culturelles friandes de ce nouveau système.
De plus, l’essor de ce mécanisme tombe à point nommé alors que des États traditionnellement volontaristes en matière de financement public des industries culturelles – comme la France en premier lieu – se retrouvent de plus en plus endettés et pouvant de moins en moins taxer les « tuyaux » des diffuseurs traditionnels handicapés par le piratage et les nouvelles concurrences, ni ceux des diffuseurs du net à l’abri dans des contrées fiscales hospitalières.
Cependant, si la philosophie du crowdfunding semble très altruiste : l’entraide communautaire au service de la culture… Ce n’est vraiment pas de la philanthropie dans les faits.
En effet, la philanthropie consiste à donner sans rien attendre en retour. Or, dans le cas des dispositifs actuels de crowdfunding, on demande une participation des internautes contre un intéressement aux possibles profits de l’œuvre ou contre de simples récompenses symboliques (affiche dédicacée, présence sur un tournage, participation à un clip, etc.), mais dans tous les cas avec un pourcentage prélevé par la plateforme Internet (bien souvent 10 % de la jauge obtenue). On est donc loin de « l’obligation de don » d’un Carnegie ou d’un Rockefeller telle que l’a décrit Frédéric Martel dans « De la culture en Amérique » (Gallimard)…
Un véritable mécénat 2.0 reste tout de même à souhaiter et à inventer aux côtés des plateformes existantes dont la raison d’être est essentiellement marchande. Il s’agirait d’un modèle mixte qui mêlerait un soupçon de ressources traditionnelles de dotations publiques qui serviraient de base comme dans l’endowment des fondations caritatives nord-américaines afin de financer les frais courants, et de la récolte de fonds qui seraient entièrement redistribués au service d’un projet culturel sélectionné pour son intérêt général et non marchand soit de par sa situation géographique (pays en voie de développement par exemple), soit de par la nature et la forme de l’expression culturelle aidée (production indépendante par exemple). Les conditions seront ainsi réunies pour l’émergence d’une nouvelle philanthropie populaire en faveur des arts et de la culture ».

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