La mobilisation pour Charlie cache une presse qui en appelle aux dons

La mobilisation pour Charlie cache une presse qui en appelle aux dons

Le drame national subit par Charlie Hebdo marque le lien intangible entre la liberté de la presse et la démocratie. Mais il ne doit pas nous faire oublier la situation catastrophique dans laquelle se trouve la presse par manque de lecteurs et de moyens en France. Une association, Presse et Pluralisme, créée en 2009, collecte encore modestement des dons pour la soutenir.

A propos de la seule survie économique de son journal, Charb déclarait « Charlie est en danger  » en novembre  sur son site. Et Il ajoutait « pas question pour nous d’augmenter le prix de vente, pourtant il faut qu’on trouve rapidement les moyens de continuer à exister« . Cet appel au secours qui lui avait rapporté 28.000 euros en une dizaine de jours était loin toutefois de son objectif d’un million d’euros. « On vend 30.000 exemplaires chaque semaine, il en faudrait 35.000 pour être à l’équilibre« . Triste contraste, à posteriori, avec tirage exceptionnel de 5 millions d’exemplaires de Charlie la semaine dernière.

Ce bel élan cache mal une crise profonde de l’économie de la presse française. Les Français qui n’ont jamais été, à la différence des Allemands, des Anglais ou plus encore des Japonais, de grands lecteurs de la presse d’information quotidienne. Avec internet, la presse gratuite et la baisse des achats d’espaces publicitaires, les chiffres se sont effondrés ces dernières années, pour preuve la situation actuelle de Libération ou du Monde. Mais la presse dite « d’opinion » payent le plus fort tribut.

La trop discrète association Presse et Pluralisme a été créée par l’ensemble des organisations professionnelles de la presse pour permettent aux journaux de récolter plus facilement des dons du public en bénéficiant des avantages fiscaux du mécénat (déduction fiscale de 66% du don, jusqu’à 20% du revenu imposable). « Aujourd’hui, 36 titres, contre 18 en 2013, sont inscrits au dispositif de Presse et Pluralisme« , selon François d’Orcival, son Président. « Ces appels aux dons marchent car les lecteurs des publications d’information générale et politique y sont très attachés« . Ainsi des journaux comme Siné Mensuel, L’Humanité, le Monde Diplomatique, Alternatives Economiques ont récemment lancé des appels aux dons de leurs lecteurs avec des retours importants mais qui sont loin de compenser la baisse des ventes et des recettes publicitaires. L’association Presse et Pluralisme, a mobilisé cette semaine 200 000 euros auprès du grand public pour éditer le numéro de la semaine dernière de Charlie. Les sommes restent donc modestes.

Un autre système est de plus en plus utilisé par les journaux pour récolter des fonds : les plateformes de financement participatif, sans défiscalisation mais pouvant mobiliser les internautes, comme Ulule, que la presse utilise de plus en plus. « En principe, ce système est fait pour aider des projets nouveaux, mais nous avons de plus en plus de titres existants« , remarque Mathieu Maire du Poset, directeur général adjoint d’Ulule. « Maintenant toute la presse est touchée par la crise « , conclut Patrick Eveno, économiste de la presse. « L’appel aux lecteurs est un moyen de trouver un peu de capital relativement facilement, et nous en verrons sans doute d’autres. Mais ce sont des soins palliatifs, qui ne font que reculer les échéances et les sommes en jeu sont très loin des besoins. Cela ne sauvera pas les journaux« .

Sans résoudre cette situation complexe, le don pour la presse est un acte d’engagement démocratique et doit être encouragé au titre de l’intérêt général. Il est d’ailleurs surprenant de ne pas pouvoir créer de fondation pour un journal. Mais le plus simple geste pour soutenir un journal… c’est d’abord de l’acheter plus souvent.

Stéphane Godlewski

Sources : L’Expansion, L’Express et Libération

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